Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique - PCRC
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27/07/2022 - Bangui

RCA: la religion n'est pas un problème, mais la solution


 

"La religion n'est pas ici un problème, mais la solution" («La religión aquí no es un
problema, sino la solución») est le titre d'un article écrit en Espagnol et publié dans le journal ALFA&OMEGA du 21 au 27 Juillet 2022 par Victoria I. Cardiel.
Notre équipe vous propose une traduction française de ce article.

"En 2013, alors que le cardinal Nzapalainga venait d'être nommé archevêque de Bangui, la guerre civile faisait rage. Un livre raconte son engagement pour la paix et son action pour  la réconciliation en République centrafricaine.

L'histoire de ceux qui ont survécu à un assaut des rebelles  et qui, avec une cadence cyclique, prennent le pouvoir par la force en République centrafricaine est choquante.  Ce sont des machines à tuer et le plus souvent, ils opèrent , aveuglés par les drogues et l'alcool.

En mars 2013, une de ces factions d'insurgés, appelée la Seleka, à majorité musulmane, a lancé une offensive brutale dans la capitale du pays pour renverser le président de l'époque, François Bozizé. Dieudonné Nzapalainga venait juste d’être nommé archevêque de Bangui.

« Comme évêque, j’avais la responsabilité d’être avec  mes fidèles dans ces moments difficiles. Et

J’étais  prêt à mourir ici pour eux", a-t-il répondu sans hésiter à ceux qui lui ont suggéré de se réfugier au Congo.

Elle a été une guerre civile atroce qui a fait des milliers de morts avec  l'un des pires bilans de l'histoire de l'humanité.

En pleine crise, ces groupes armés sont arrivés à l’archevêché. Lorsqu'ils ont martelé la porte d’entrée de l'archevêché, il (l'archevêque) a ouvert lui-même la porte. Ils étaient un groupe de 25 jeunes, entassés dans un véhicule  montrant fièrement leurs machettes et leurs fusils. Ils portaient toutes sortes d'uniformes volés aux militaires des villes qui avaient déjà conquis avant d'arriver à Bangui.

Avec un calme étonnant, l’archevêque de Bangui les invite à entrer. Il les fait assoir et il se présente à eux : "Mon travail consiste à parler de Dieu et à prêcher la paix. C'est ce que je fais dans ce pays. »

Pendant ce temps, il aperçut que l'un d'entre eux portait autour de son cou des amulettes . Sans rien dire Il met lentement  la  main dans sa poche et sort son chapelet dont il ne se sépare jamais.

Il  l'a agité et le brandit devant le  visage de celui qui portait les amulettes et il  lui dit :

: "Personne ne peut dire lequel des deux est le plus fort, hein ? Les rebelles étaient abasourdis, ils étaient sans mot. Puis il ajouta   "Ici c’est la maison de Dieu. Je ne veux pas que le sang coule. Sortez d'ici ».  Et miraculeusement, ils lui ont obéi, ils sont partis.

C'est que raconte le premier chapitre du livre « Je suis venu vous apporter la paix »  publié en France en 2021.Il a maintenant été traduit en italien par Libreria Editrice Vaticana et présenté à Rome par le Cardinal Nzapalainga lui-même, qui, en 2016 à 50 ans  est devenu le plus jeune cardinal de l'Église catholique.  C’est un homme de Dieu qui a tenu tête aux seigneurs de la guerre en République Centrafricaine.

Après le renversement de Bozizé en 2013, un autre groupe d'insurgés, les Antibalaka, à majorité chrétienne, a déferlé sur des dizaines de villes pour y massacrer, tous les musulmans qui étaient considérés sans exception comme des complices des  Seleka. Depuis lors, la quasi-totalité des infrastructures du pays ont été réduites à néant.

Pour le cardinal centrafricain, la pauvreté et le manque d'opportunités sont le meilleur terreau pour les milices radicales. Elles  continuent de se développer sur fond de ressentiment. C'est pourquoi, avec l'Imam Omar Kobine Layama- décédé en 2020 - et le pasteur protestant Nicolas Gbangou, il a lancé la Plateforme interconfessionnelle pour la paix, avec laquelle ils ont voyagé dans tout le pays, semant la réconciliation là où les graines de la haine avaient été plantées auparavant.

Les trois artisans de paix de Bangui,  comme on les appelle dans le pays,  ont atteint par la main dans la main dans les villages les plus reculés en parlant de pardon. Puis ils ont fait venir des voisins musulmans voisins musulmans et chrétiens qui ne s'étaient pas parlé depuis des mois  paralysés par la haine, afin de pouvoir pour reconstruire ensemble la mémoire de ce qui s'était passé. S'écouter l'un et  l'autre a permis d'évacuer la tension.

En 2015, le pape François s'est rendu à Bangui pour soutenir ces initiatives et a inauguré l'Année de la miséricorde.

"J'ai dénoncé le fait que c'est la presse internationale qui a décrit notre crise comme étant inter-religieuse. La religion n'est pas ici un problème, mais la solution. Nous sommes tous des enfants d'Abraham", le Cardinal.

Après huit ans de violences fratricides, la République centrafricaine sinistrée a organisé des élections fin 2020 dans l'espoir de parvenir à la paix et à la stabilité. Cependant, C'est le contraire qui s'est produit : les élections ont engendré une nouvelle spirale de violences causées par 14 groupes armés.

. "Ce que nous voulons, c'est qu'ils désarment ces gens et laisser la population tranquille. Ce sont ces groupes qui pillent et exploitent les richesses minérales. Dans certains endroits, il y a des autorités, mais elles sont symboliques, car ceux qui ont le pouvoir sont des rebelles ", insiste-t-il. Cependant, il ne perd pas espoir.  "Le moment est venu de regarder vers l'avenir. Nous devons retrousser nos manches et travailler pour construire la paix dans nos cœurs et avec les autres. Il ne faut pas généraliser et considérer l'autre indistinctement comme le diable. Nous devons revenir au

dialogue.

Publié par le PCRC