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  Nouvelle / Emission

12/12/2021 - Centrafrique

Quinzième pèlerinage diocésain au sanctuaire marial de Ngoukomba, homélie du Cardinal Dieudonné Nzapalainga


Du 8 au 11 décembre 2021, l’aumônerie du sanctuaire marial de Ngoukomba de l’archidiocèse de Bangui a organisé le quinzième pèlerinage diocésain sur le site afin de célébrer la solennité de l’Immaculée Conception. Ce grand rendez-vous du donner et de recevoir a vu la participation de plusieurs milliers de fidèles catholiques, protestants et musulmans.  A l’issue de la messe conclusive, le Cardinal Dieudonné Nzapalainga a livré un message à l’Eglise famille de Dieu, aux hommes et femmes de bonne volonté et aux politiques. Ci-dessous l’intégralité de son homélie.   

Chers frères et sœurs en Christ, Et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté,

À vous tous, « la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur JésusChrist » (Rm 1, 7).

Nous voici au terme de notre quinzième pèlerinage diocésain au sanctuaire marial de Ngukomba. Comme à l’accoutumée, nous avons choisi d’y célébrer la solennité de l’Immaculée Conception, dogme promulgué en 1854 par le Pape Pie IX. Marie, notre Mère, Mère de l’humanité nouvelle, une et diverse, « par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ1 » a été préservée du péché originel dès sa conception. Dans le destin de Marie, nous contemplons la grandeur de l’amour dont Dieu aime l’humanité et ce qu’il réalise pour tous ses enfants par l’incarnation de Jésus.

Cette messe constitue aussi l’apothéose de tous les moments de grâce que nous avons vécus ici depuis le commencement de cette semaine. En effet, pour nous, ce pèlerinage s’est parfaitement arrimé à la synodalité que le Seigneur nous invite à vivre en cette année liturgique. Sur le chemin de Ngukomba et dans ce lieu saint, nous avons marché ensemble, tous en quête du bonheur dont Dieu seul peut nous combler.

Nous avons cheminé en familles, en communautés et surtout avec des frères et des sœurs qui, au départ, nous étaient inconnus. Le Seigneur nous a faits vivre la fraternité qui transcende les différences, celle que son règne veut étendre à toute l’humanité. Dans les enseignements, des voix nouvelles appartenant à d’autres confessions religieuses, ont affermi notre écoute du message du salut. Ce fut si édifiant ! Lors du concert, en priant, chantant et dansant avec ferveur aux pas de l’autre qui ne prie ni ne chante comme nous, nous avons exulté et acclamé le Seigneur comme le souhaite le psaume de la messe de ce jour (cf. Ps 97, 6b). Que le nom de Dieu soit béni !

Frères et sœurs,

En tout temps et en toutes circonstances, Dieu nous invite à marcher ensemble. Cela vient du fait qu’en soi, il est communauté. Notre Dieu n’est qu’Amour : il n’est pas solitaire. La réussite des missions divines est intimement liée à la parfaite communion existant entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. Et surtout, il a choisi de ne pas régner seul mais de s’associer sa créature, l’homme et la femme en particulier. À nous, il communique son amour pour que nous en soyons le reflet sur toute la terre.

En naissant à la vie nouvelle dans l’eau du baptême, nous sommes configurés au Christ et par lui, introduits dans la communion divine. Cette dernière devient la référence primordiale pour conduire nos vies et prendre soin de la terre. Nous apprenons surtout du projet divin que l’humanité ne peut pas s’épanouir en s’éloignant de Dieu.

La première lecture nous rapporte les conséquences de la désobéissance d’Adam et Eve. Égarés par le serpent tentateur, ils ont trahi le Créateur en enfreignant l’interdit qu’il leur a fixé (cf. Gn 3, 1-24). Mais Dieu ne s’est pas désolidarisé d’eux. Il a pris l’initiative de les retrouver, de dialoguer avec eux, de les écouter et de leur confier une nouvelle mission. La réponse divine à la désobéissance de l’homme n’a pas été la rupture définitive mais, en son Fils, la rédemption. C’est ce que nous contemplons dans la figure de Marie et le mystère de son Immaculée conception.

Marie est conçue sans péché afin d’enfanter le Sauveur de l’humanité, celui qui vient définitivement restaurer la pureté que l’être humain a perdue du fait du péché d’Adam et Eve. La sanctification de Marie est le projet de Dieu pour toute l’humanité née de l’eau et de l’Esprit. Ce projet ou encore la portée salvifique de la mission du Fils nous est parfaitement exprimée dans la deuxième lecture (cf. Ep 1, 3-6. 11-12).

En Jésus-Christ, le Père nous comble de sa bénédiction spirituelle. En lui, il fait de nous son peuple et nous destine à être saints et irréprochables. Dieu ne réalise pas cela sans notre collaboration, sans notre participation. Marie est la nouvelle Eve, la véritable Mère de toute l’humanité parce qu’elle dit un « oui » ferme et décisif. Elle est celle qui a su discerner la pertinence et la portée de la proposition de l’ange Gabriel, celle qui a cru en la réalisation de la promesse (cf. Lc 1, 38).

L’ange la salue en signalant qu’elle est la demeure du Seigneur et qu’elle est comblée de grâce. À chaque fois que nous sollicitons l’intercession de notre Mère, nous avons l’assurance qu’avec elle, le Seigneur nous manifeste sa puissance. Le 28 novembre, nous avons commémoré sainte Catherine Labouré à qui la Vierge a demandé de faire frapper une médaille et la répandre. Cette médaille, la médaille miraculeuse, nous évoque les bienfaits du Seigneur que notre Mère peut nous obtenir.

La présence à nos côtés de celle qui a écrasé la tête du serpent, celle qui est couronnée d’étoiles, nous rassure que le mal ne peut pas avoir le dernier mot et que jamais l’œuvre de Dieu ne pourrait subir la corruption. Avec sainte Catherine Labouré voici le jour où il convient de dire à notre Mère : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ».

Frères et sœurs,

L’évocation de Marie, figure éminente du temps de l’Avent, me permet de mettre en évidence l’actualité du message du salut que ce pèlerinage et les textes liturgiques de cette messe nous invitent à écouter et à vivre.

Je voudrais en premier lieu évoquer la disponibilité pour le service de Dieu et le service du prochain. A l’instar de notre Mère, la coopération à l’œuvre du salut requiert avant tout notre disponibilité. Lorsque nous privilégions uniquement nos intérêts égoïstes et des rêves de grandeur démesurée, nous courons le risque de ne jamais servir authentiquement le Seigneur et de désobéir à l’instar d’Adam et Eve.

Ensuite, je voudrais parler du dialogue et de l’écoute, attitudes fondamentales pour qu’il y ait cohésion sociale. L’exemple du Créateur venant à la rencontre d’Adam et Eve qui se sont exclus de la communion avec lui par leur désobéissance, mérite de nous interpeller en Eglise mais encore en société.

À l’exemple et à l’imitation de Dieu, l’Eglise est appelée à s’ouvrir incessamment, à se rendre dans les périphéries pour écouter et dialoguer avec tous afin de leur faire entendre la Bonne Nouvelle du salut.

Notre société en marche vers le dialogue devrait, elle aussi, s’inspirer du geste du Créateur. Quelle société voulons-nous construire ? Quel lendemain souhaitons-nous faire germer ? Marcher ensemble ne détruit pas nos différences mais suppose acceptation et respect de l’autre. Nous marchons vers un objectif. Nous ne pourrons bâtir un avenir meilleur qu’en marchant ensemble, en rêvant ensemble, en définissant des objectifs communs. Pour cela, il est primordial d’inviter tous les fils et les filles du pays à la communication. Tous, y compris ceux que l’on pourrait assimiler aux « monstres » sociaux car ils ont certainement leur mot à dire. Marcher ensemble ne signifie pas détruire nos différences mais au contraire les considérer et les respecter.

Enfin, la solennité de l’Immaculée conception nous rappelle une vertu à laquelle le monde tend à apporter peu de considération, la pureté. Au cœur des Béatitudes, Jésus nous dit que seuls ceux qui disposent d’un cœur pur peuvent voir Dieu : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5, . La pureté intérieure est la disposition qui favorise la rencontre 4 authentique avec le Seigneur et avec le prochain. L’évocation de la pureté en cette solennité me fait penser à la vocation à la sainteté de tous les enfants de Dieu (cf. Mt 5, 48). De ceci, je voudrais m’adresser à vous les jeunes du Centrafrique que l’exemple de Marie devrait particulièrement interpeller. La Parole de Dieu rapporte que lorsque la Mère du Seigneur reçut le message de l’ange, elle était jeune. Elle rêvait certainement de vivre une vie heureuse. Quels sont vos rêves et quels moyens mettez-vous en œuvre, quels chemins empruntez-vous pour les réaliser ?

J’entends dire que nombreux sont les jeunes qui desservent de plus en plus la pureté et la dignité reçues du baptême en courant de façon effrénée après la réussite facile ou l’enrichissement illicite : achat de diplômes, pratiques occultes et suspectes afin de vite et beaucoup avoir. Pour mener à bien sa vie et réaliser ses rêves, Marie ne s’est pas référée à des marabouts ni à des marchands d’illusion.

De l’exemple de notre Mère, nous pouvons apprendre qu’être jeune ne nous dispense pas de nous rendre disponibles pour le service de Dieu et des hommes. Malgré notre jeune âge, nous pouvons et devons déjà coopérer à l’avènement d’une nouvelle société où règnent la justice, la paix, la fraternité universelle et la dignité.

Demandons à Marie, Immaculée conception, Notre Dame de l’Oubangui, de vivre avec nous l’expérience de la synodalité, d’éclairer notre marche par son intercession. Confions-lui la marche de notre pays vers un dialogue authentique. Qu’elle prenne sous sa garde les jeunes garçons et filles du Centrafrique en quête de paix, de réussite et de bonheur. Que son Fils nous purifie et nous comble des grâces requises pour une bonne préparation de son avènement, maintenant et pour les siècles des siècles, amen !

Bangui, le 11 décembre 2021

Dieudonné Cardinal NZAPALAINGA, C.S.Sp Archevêque Métropolitain de Bangui

Cf. . 1 Pie IX, Ineffabilis Deus.

Publié par le PCRC