Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique - PCRC
Pour la Paix et la Cohésion Sociale par une approche interreligieuse

  Nouvelle


26/06/2022 - Bambari

Session de la CECA à Bambari: Message des Evêques de la RCA (CECA)

Du mardi 21 au dimanche 26 juin 2022, s'est tenue dans le diocèse de Bambari, la deuxième  assemblée plénière des évêques de la Conférence Episcopale Centrafricaine (CECA).

La session a été ouverte par le discours du président de la CECA, Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa. Après  l'ouverture, Mgr Richard Appora, évêque de Bambari, a souhaité la bienvenue à tous ses confrères évêques. Tout en rendant grâce au Seigneur du choix de son diocèse pour accueillir cette session, Il a implore l'assistance de l'Esprit Saint dans tous les travaux de cette pleinière.

Les évêques, réunis en session, se sont penchés  sur plusieurs sujets parmi lesquels la thématique de l'Eglise Synodale. A cette heureuse occasion, chaque évêque a présenté la situation de son diocèse.

Pendant ce séjour , les évêques et le nonce apostolique en RCA ont pris part,  le samedi 25 juin 2022, à la maire de Bambari, à un spectacle  de danses et de chants  pour la promotion de la culture de la paix, du dialogue, de la cohésion sociale  dans l'optique du thème  de l'Eglise synodale.

 Ce dimanche, 26/06/2022, 13è dimanche du temps ordinaire année C,  la messe dominicale, présidée par Son Excellence Mgr Jésus Ruiz Molina évêque de M'Baïki, a clôturé les travaux de cette session de la CECA dans le diocèse de Bambari.

A la fin de la messe, les évêques ont livré ce message à l'Eglise Famille de Dieu,  aux hommes et aux femmes de bonne volonté:

 

 

POUR UNE ÉGLISE SYNODALE

« […] Par la charité mettez-vous au service des uns et des autres » (Ga 5, 13)

 Chers frères et sœurs en Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté, épris de bonté, de justice et de paix, à vous tous, grâce et paix de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ. Réunis en Assemblée plénière à Bambari du 20 au 27 juin 2022, nous, Évêques de Centrafrique, avons prié et échangé sur la marche synodale de nos diocèses ainsi que sur les différentes situations humanitaires et sécuritaires,   éducatives   et   socio-économiques   qui   déterminent   et rythment la vie de nos fidèles et concitoyens.

Lors de notre message du 14 janvier 2022, nous nous sommes attelés à montrer  combien  le  paradigme  de  la  synodalité,  celui  de  marcher 

ensemble  avec  et  malgré  nos  différences,  peut  inspirer  de  manière significative la marche de notre pays. Enlisé au cœur d'une exacerbation de tensions diplomatiques et géopolitiques, notre pays est confronté tout à la fois à une crise de valeurs morales fondamentales et civiques et à une déliquescence du système éducatif. Il vit encore une nouvelle forme de crise d'unité autour du dialogue républicain comme marche vers la paix à construire.

  1. Contexte sociopolitique du Pays

 Si  une  avancée  significative  en  vue  d'un  retour  à  la  paix  sur  toute l'étendue du territoire est constatée et doit être saluée, il n'en demeure pas moins que certaines zones et contrées de notre pays sont encore en prise,  sinon  sous  le  contrôle  des  groupes  armés  qui  sévissent  et maltraitent  la  population.  L'insuffisance  de  moyens  et  équipements adéquats  défavorisent nos  militaires  dans  leur  capacité  à défendre  le peuple. Cette présence calamiteuse des groupes armés est source de paralysie. Ce qui empêche les populations de vaquer à leurs occupations. La libre circulation des biens et des personnes est lourdement entravée. Les   écoles   et   les   établissements   publics                                                                                                       ne   fonctionnent   pas

normalement. Les autorités politiques et administratives désertent leur poste d'affectation ou refusent de s'y rendre. Dans certaines villes, une crise alimentaire est à craindre en raison des destructions des champs et des vols de bœufs.

De nouveaux points d'attention, en ce qui concerne la situation actuelle de notre pays, ne devraient pas être occultés et passés sous silence. Des velléités autour de la révision constitutionnelle pendant et au sortir du Dialogue Républicain ainsi que la question de la crypto monnaie  sont aujourd'hui source d'inquiétudes et de préoccupations. A ce lot, s'ajoute 

la pénurie du carburant qu'endure déjà très difficilement le pays. Elle paralyse  de  manière  générale  la vie  socio-économique.  Elle  provoque une  flambée  vertigineuse  des  prix  des  denrées  alimentaires  et  des produits  de  première  nécessité  avec  une  rupture  des  stocks.  La  vie sociale        fonctionne  aujourd'hui au  rythme  de   capacité d'approvisionnement   avec   cette   longue   file   d'attente   de   véhicules assortie parfois de regrettables scènes de violences. Dans nos centres hospitaliers, il est à craindre une augmentation de décès et un déficit de prise en charge en urgence et des malades.

Par ailleurs, dans la marche des peuples et du monde, la République Centrafricaine  n'évolue  pas  en  autarcie.  Elle  subit,  comme  les  autres pays du monde, les soubresauts de la crise ukrainienne. Le conflit entre la Russie et l'Ukraine et la présence des forces russes engagées au côté des  Rwandais  et  des  Forces  Armées  Centrafricaines  (FACA)  pour  la reconquête   de   toute   l'étendue   du   territoire   national   et   pour   la pacification  de  la  République  Centrafricaine,  placent  aujourd'hui  notre pays au niveau de la diplomatie internationale dans une position assez délicate.

Marqués par l'expérience des troubles militaro-politiques, nous rappelons que  la  guerre  en  Ukraine  est  intolérable  et  nous  appelons  les  deux parties en conflit ainsi que leurs alliés à l'arrêt immédiat des combats, afin de privilégier la voie du dialogue pour une paix effective. La guerre signifie destruction humaine et matérielle, exactions,  viols et violation des droits humains, des biens, des lieux de culte et instrumentalisation des convictions religieuses. Quand on en a fait une expérience, on ne peut souhaiter cette horreur à aucun peuple.

Nous encourageons le gouvernement de notre pays à ne ménager aucun effort  pour  chercher  et  trouver  des  solutions  afin  de  soulager  les souffrances de notre peuple.

C'est dans une telle situation de notre pays et du monde, complexe et difficile,  que  nous,  chrétiens,  sommes  appelés  au  discernement,  à marcher en présence et dans la lumière du Seigneur, à confesser notre foi, à vivre et à témoigner de manière fondamentale l'espérance d'une Église synodale sous le signe de la communion, de la participation et de la mission.

  1. La Communion synodale et ses fruits

La  large  consultation  voulue par  le Saint  Père  a permis  de  libérer  la parole   et   de   recueillir   des   fruits   susceptibles   de   concourir   à   la consolidation d'une Église appelée à redécouvrir et à prendre le chemin de  la  synodalité.  Des  échanges  fructueux  avec  nos  frères  et  sœurs protestants   et  musulmans   nous   ont  permis  de   mesurer   combien l'œcuménisme et le dialogue interreligieux ont un avenir très prometteur dans notre pays.

Les larges consultations diocésaines  des fidèles laïcs du Christ et des personnes qui n'ont aucune obédience religieuse manifestent le courage et l'amour de la vérité d'une Église appelée à se renouveler. Celles-ci ont permis  de  mettre  à  nu  les  forces  et  les  différentes  entraves  à  la communion, à la participation et à la mission. Ces entraves sont autant de points d'attention, de défis et de chantiers que notre Église ne saurait ignorer si elle veut vraiment être une Église synodale.

Le processus synodal a permis aussi à notre Église d'être plus sensible au mal-être profond des faibles, des petits et des marginalisés. Dans 

cette catégorie, on rencontre les pauvres, les orphelins, les veufs (-ves), les pygmées et les peuhls,  les prisonniers, les enfants de  la rue, les prostituées, les filles-mères, les chômeurs, les malades mentaux et ceux atteints du VIH SIDA, les personnes du troisième âge, les handicapés, les personnes accusées de sorcellerie, etc. Ceux-ci se considèrent davantage comme objets et destinataires d'actes de charité et d'aides multiples et en sont profondément reconnaissants. Cependant, ils se sentent parfois exclus du cercle de prise de parole. Ce sentiment est aussi partagé par les   personnes   qui   vivent   des   situations   irrégulières   comme   les polygames, les concubins, les divorcés-remariés, etc.

Quand bien même ils vivent la non-accessibilité aux sacrements comme un drame et un véritable frein à la croissance de leur vie spirituelle, en revanche,   la   stigmatisation   dont   ils   sont   victimes   est   source   de démotivation.

Face  à  ces  situations  de  souffrances,  notre  Église  est  appelée  à développer  et  à  promouvoir  davantage  une  pastorale  d'accueil  et  de compassion,  de  proximité  et d'accompagnement.  En  effet,  le  premier regard que pose le Christ sur les pauvres, les malades et les opprimés, les  rebuts  de  société  et  les  laissés-pour-compte  est  un  regard  de compassion (cf. Lc 4,18-19).

A la suite de la mission du Christ, l'Église ne peut donc pas être assimilée à  une  Organisation  Non-Gouvernementale  (ONG)  humanitaire.  Nous invitons les Communautés Ecclésiales de Base (CEB), les mouvements et les  fraternités,  les  différentes  structures  diocésaines  à  repenser  leur mode d'être et de fonctionnement. Ainsi deviendront-ils davantage de véritables lieux de communion et de compassion, d'amour et d'écoute des pauvres, d'accompagnement des personnes vivant des situations de souffrances  et  de  réintégration  des  marginalisés  et  des  laissés-pour- compte.

 Le  sentiment  d'exclusion  de  ces  différentes  catégories  sociales  de  la sphère  de  la  prise  de  parole  révèle,  en  partie,  au  grand  jour  les différents dysfonctionnements dans le mode de gouvernement et de la gestion de l'autorité dans l'Église.

  1. Pour une meilleure participation à la gestion ecclésiale de l'autorité

 Les larges consultations confirment, au niveau des curies diocésaines et des   paroisses,   l'existence   de   différents   conseils   qui   aident   au gouvernement de l'Église. Cependant, plusieurs comportements ont été identifiés  comme  des  obstacles  à  la  synodalité.  L'autoritarisme,  le cléricalisme  ainsi que  les clivages au  sein du presbyterium n'en sont, entre autres, que de tristes expressions.

Dans le rapport des laïcs aux clercs, nombreux sont ceux qui considèrent que leurs avis ne sont pas pris en compte en ce qui concerne la vie et la marche de l'Église. Les communautés paroissiales et ecclésiales courent ainsi  le  risque  d'une  bipolarité  entre  d'un  côté  les  « décideurs  et donneurs d'ordres » et de l'autre ceux qui doivent obéir et exécuter les ordres donnés.

Entre les laïcs eux-mêmes, la gestion de l'autorité dans les mouvements et  fraternités  n'est   pas  exempte   de  tout  abus.   Les  élections  et renouvellements  des  bureaux  paroissiaux,  diocésains  et  nationaux, prennent  parfois  l'allure  d'une  campagne  politique  avec  des  trafics d'influence.  Des  haines,  des  jalousies,  des  querelles,  des  convoitises alimentées par la soif du pouvoir et l'appât du gain mettent en péril la 

communion  et  la  participation  et  corrompent  la  responsabilité  et  la mission que le Christ nous a confiées. Il est donc urgent de se former en synodalité. Cela nous oblige à prendre le chemin de la conversion et à redécouvrir le  sens évangélique  et  chrétien  de  l'autorité  en  tant  que service comme nous l'enseigne le Christ : « Le plus grand parmi vous sera  votre  serviteur.  Quiconque  s'élèvera  sera  abaissé,  et  quiconque s'abaissera sera élevé » (Mt 23, 11-12).

Nous encourageons les clercs et les laïcs à une participation commune pour  la  promotion  d'un  véritable  cadre  de  fraternité  chrétienne.  Les prêtres,  du  fait  de  leur  charge,  sont  appelés  à  témoigner  plus  de sollicitude pastorale, à être à l'écoute du sens de la foi des laïcs et à respecter  la  dignité  de  leur  charisme  et  ministère.  Dans  le  mode  de gouvernement, nous recommandons de privilégier la méthode consultative et ecclésiale pour une plus grande efficacité des différents organes de participation. Les mouvements et les fraternités ainsi que les CEB sont des organes de charité et de service. Aux uns et aux autres, nous rappelons ce conseil de Saint Paul: « Ne vous conformez pas au monde   actuel,   mais  soyez   transformés  par  le   renouvellement   de l'intelligence afin de discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » (Rm 12, 2).

  1. La mission : un appel à une évangélisation en profondeur Les diverses synthèses  des  diocèses  ont  révélé  quelques  défis  et chantiers autour  desquels  devront  être  élaborés  des  programmes pastoraux.   Les   sessions   synodales   diocésaines   et   les   larges consultations  ont  permis  de  mettre  en  lumière  des  difficultés  non négligeables  dans  l'enracinement  de  l'Évangile  dans  nos  cultures. Certaines   croyances,   coutumes   et   pratiques   de   nos   traditions 

    centrafricaines  sont  encore  profondément  ancrées  en  nous  qu'elles nous  empêchent  de  nous  laisser  transformer  entièrement  par  la puissance de l'Évangile et de vivre authentiquement la foi chrétienne. Nous pouvons mentionner entre autres le poids des lois coutumières liées au mariage, le syncrétisme, les accusations de sorcellerie, etc. Toutefois, notre Église gagnerait à promouvoir davantage certaines de nos valeurs culturelles et anthropologiques telles que l'hospitalité, la solidarité et le partage, le sens de la famille et de la communauté ainsi que l'aide non-négligeable de la pharmacopée.

    La marche d'ensemble du synode ne saurait ignorer les limites de celle de  notre  pays  et  de  notre  nation.  La  culture  de  l'inimitié,  les campagnes de dénigrement, les dissensions et les divergences entre les partis politiques, la perte du sens du bien commun, le non-respect des idéaux et des valeurs fondamentaux de notre nation, fragilisent aujourd'hui la cohésion sociale et nous empêchent de mutualiser nos forces  pour  promouvoir  les  intérêts  suprêmes  de  la  nation.  Nous invitons chaque baptisé à être  un véritable artisan du synode et à répandre ses fruits dans son milieu de vie.

    Marcher  ensemble,  en  effet,  c'est  promouvoir  une  culture  et  une civilisation de la paix et de l'amour qui triomphe de la haine, de la jalousie et de la peur de l'autre.

    Nous exhortons la communauté chrétienne à capitaliser les acquis de cette démarche synodale afin de promouvoir, sous l'action et avec la grâce de l'Esprit Saint, des valeurs justes et appropriées pour notre Eglise et pour notre pays.

  2. Puisse le Seigneur, par l'intercession de la Bienheureuse et Très Sainte Vierge  Marie,  bénir  son  Église  en  terre  centrafricaine  et  qu'il  fasse briller sur elle la lumière de sa face.

     Donné en la Cathédrale Saint Joseph de Bambari, le 26 juin 2022.

     

    Ont signé:

    Les évêques de la CECA 

     

     

    © PCRC-CellCom Père Gaston Adjora

 

#CECA  #Conférence  #Consolidation de la paix  #session