Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique - PCRC
Pour la Paix et la Cohésion Sociale par une approche interreligieuse
Accueil Qui sommes-nous ? Nouvelles Emissions CIPP InovarCA Partenaires Contact
Imprimer Retour

  Nouvelle / Emission

05/12/2020 - Bangui

Pèlerinage 2020 de l'archidiocèse de Bangui: Homélie et message du Cardinal Nzapalainga


Les 4 et 5 décembre courant a eu lieu le 14e pèlerinage de l'archidiocèse de Bangui au sanctuaire marial de Ngoukomba. Cette démarche spirituelle annuelle a rassemblé les fidèles chrétiens de toutes les paroisses de l'archidiocèse de Bangui.
Les confessions religieuses membres de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique (PCRC), à savoir l'AEC (Alliance des Evangéliques de Centrafrique) et la CSISCA (Conseil Supérieur Islamique de Centrafrique) ont été représentés respectivement par le révérend Nicolas Aimé Simplice Singa-Gbazia, président de l'AEC, et le bureau de la CSISCA.
Au Cours de l'eucharistie du 5 décembre, son éminence Dieudonné Cardinal Nzapalainga a livré un message-homélie aux chrétiens et chrétiennes, aux femmes et hommes de bonne volonté, aux partis politiques de la RCA.
Ce message, partant du récit de la Genèse (1re lecture) et de l'Annonciation (Evangile), a exhorté chacun au respect des mesures barrières. Il a attiré l'attention de tout le peuple centrafricain, en cette période préélectorale, à ne pas céder aux discours démagogiques des candidats aux élections couplées du 27 décembre prochain afin de faire le bon choix pour le développement réel de notre pays.


Voici ci-dessous l'intégralité de ce message (texte et son).

 

Cliquez sur ce lien pour le son en français: https://soundcloud.com/user-294604132/message-homelie-francais

 Cliquez sur ce lien pour le son en Sango:https://soundcloud.com/user-294604132/homeliesangomp3

Voici le texte de ce message-homélie

Chers frères et sœurs,

Et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté,

« Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ! » (Ps 97, 1)

C'est avec l'exultation du Psalmiste que je nous invite à nous émerveiller devant l'œuvre de Dieu que ce pèlerinage nous donne l'occasion de contempler et de célébrer. « Par son bras très saint, par sa main puissante », notre Dieu nous a permis de braver nos inquiétudes et de nous rassembler cette année pastorale encore à Ngukomba. « Sois sans crainte » dit-il à la Fille de Sion à qui il offre de collaborer à la réalisation de son dessein de salut.

Par une grâce venant déjà de la mort de son Fils, Dieu a préservé la Sainte Vierge Marie de toute souillure parce qu'il nous aime grandement et veut ainsi nous sauver. Dans le mystère de l'Immaculée conception, il nous révèle son désir le plus profond : que nous soyons purifiés de tout mal afin d'être comblés de grâce. Que son nom soit béni !

Notre pèlerinage de cette année revêt une importance capitale et une coloration particulière en raison de la propagation de la pandémie du coronavirus et de la perspective des prochaines élections qui suscite beaucoup d'angoisses. Dans ce contexte troublé, la voix de l'ArchAnge Gabriel nous est particulièrement adressée. Soyons sans crainte parce que le Seigneur vient bientôt et parce que, déjà, la lumière de son sacrifice sur la croix rayonne dans nos vies. Tel est le message d'espérance !

Tout pèlerinage est une opportunité inouïe de grâces. Son organisation ne relève pas seulement d'un désir humain : Dieu est toujours à l'initiative. C'est lui qui a suscité en nous le désir de marcher tous ensemble vers la sainte montagne où il nous attend, le sanctuaire de Ngukomba, où nous venons nous blottir dans les mains de la Vierge Marie. C'est Dieu qui nous met en marche. Il est important, qu'en toute humilité à l'instar de Marie, nous répondions positivement à son appel.

La rencontre avec le Seigneur projette de la lumière non seulement sur nos projets, sur les évènements de nos vies, mais aussi et surtout sur le mystère même de notre humanité. Nous sommes des êtres fragiles, marqués par le péché et, quel que soit le perfectionnement de notre science et de notre technologie, quelle que soit la grandeur de nos moyens matériels, quel que soit le rayonnement de nos savoirs, sans Dieu, nous sommes exposés à notre finitude.

 

Frères et sœurs,

Le texte de la Genèse que nous venons d'écouter dans la première lecture nous dévoile notre dépendance vitale au Dieu Créateur et l'abîme vers lequel conduisent l'orgueil et la désobéissance. Le récit s'ouvre en effet par l'aveu de la désobéissance du premier homme suivi de la découverte de sa nudité et la honte de paraître devant Dieu. Voilà à quoi conduit la désobéissance : la honte, la mort !

Adam et Ève se sont laissés égarer par la voix attrayante du Serpent. Au lieu de devenir les égaux de Dieu comme ce dernier le leur a promis (cf. Gn 3, 5), ils se sont plutôt anéantis.

La voix du serpent peut être assimilée à nos ambitions et désirs égoïstes, à nos fausses informations et convictions, à l'obsession du profit, de l'intérêt ou de la réussite personnelle au détriment de la communauté.

Le texte de la Genèse peut servir de tremplin pour une lecture spirituelle du problème crucial que pose l'expansion de la covid-19. Ce virus mortel a mis à nu la limite de nos capacités humaines. L'homme, malgré les prouesses de la technologie, les progrès de la médecine et des neurosciences, découvre qu'il demeure fragile et vulnérable.

La tragédie que suscite le virus n'épargne aucune société, aucun peuple, aucune nation : même les pays qui ont atteint un seuil élevé de développement économique sont touchés. Ce constat nous engage à être solidaires, compatissants les uns vis-à-vis des autres, à être humbles et à respecter, avec une obéissance scrupuleuse, les mesures et gestes barrières qui peuvent freiner la propagation du virus.

Dans de tels moments, le serpent nous suggère l'illusion que l'existence du coronavirus est un leurre, qu'il n'existe pas chez nous, qu'il n'est pas virulent en Afrique noire ou en Centrafrique, qu'ici, il n'est qu'une maladie bénigne.  Et ce faisant, la voix du séducteur nous invite à être indifférents, négligents, insouciants.

Nous constatons de plus en plus, partout, un relâchement dans le respect des gestes barrières et des mesures préconisées pour endiguer la propagation du virus. Au nom de la vie, au nom de Dieu, je vous invite à prendre soin de la vie que Dieu nous offre et d'obéir aux appels qu'il nous adresse par la médiation des autorités compétentes en matière de santé. La gloire de Dieu c'est l'homme vivant, l'homme debout, comme le dit Saint Irénée de Lyon.

Paradoxalement, nous constatons un relâchement spirituel dû à la crainte de la maladie du coronavirus. Certains de nos frères et sœurs, par peur de cette maladie ne répondent plus aux convocations que le Seigneur nous adresse par la voix de son Eglise aux assemblées liturgiques. Jamais la sauvegarde ou le soin de sa santé n'ont signifié tiédeur ou froideur de la vie de foi. Dieu n'a jamais baissé d'ardeur dans l'amour dont il nous aime. Au contraire, il se dévoile à nous comme le Père capable de rechercher la brebis égarée jusqu'à la retrouver (cf. Lc 15, 3 s).

Puisse le Seigneur nous aider à avoir de la compassion pour les victimes du coronavirus et à  nous préserver de toute négligence et de toute contamination[1].

 

Frères et sœurs,

La Vierge Marie, nous est offerte non seulement comme celle qui intercède pour nous et à qui nous devons nous confier en toute assurance mais encore comme le modèle à suivre à l'orée de la période électorale.

En effet, la Vierge Marie s'est ouverte à l'Esprit Saint et, en cela, a rejoint le projet de Dieu. De son dialogue avec l'Ange, nous pouvons retenir trois enseignements cruciaux pour être sel et lumière dans les jours à venir.

D'abord, comme Marie, il nous incombe de nous laisser éclairer par l'intelligence de l'Esprit Saint. Adam et Ève ont suivi la voix du Séducteur, celle de l'immédiateté et cela les a conduits à la honte. Les élections imposent de faire un choix, un choix qui nous engage individuellement mais aussi collectivement, qu'il s'agisse autant des circonscriptions où nous sommes établis que de notre pays.

La Mère de notre Seigneur était promise en mariage à Joseph quand il lui a fallu faire le choix d'engendrer le Fils de Dieu : ce fut une décision d'une gravité inouïe. En cela, elle me fait penser au Centrafrique, qui à l'heure actuelle, comme une fiancée parée de ses plus beaux atours à savoir la richesse de son sous-sol et toutes les potentialités dont il regorge, est cerné par de nombreux prétendants. La Sainte Vierge me fait penser au peuple centrafricain auprès de qui, d'ici peu, de nombreux courtisans s'acharneront, rivalisant de toutes sortes de stratégies, pour obtenir son précieux suffrage.

Tous, nous avons besoin de l'intelligence de l'Esprit Saint pour discerner à quels candidats et à quelles candidates il convient de confier notre destinée. La question du discernement me conduit à évoquer le second enseignement que le récit de l'Annonciation nous offre aujourd'hui : celui de la crédibilité du Messager grâce à l'engagement de qui nous parvient la voix de Dieu au milieu de toutes les voix que le monde nous fait entendre.

À quel messager nous fions-nous aujourd'hui ?

Toute rencontre avec Dieu se fait à travers des médiations. De tout temps, sa voix se fait entendre et, comme à Marie, l'Ange de Dieu ne cesse de nous proposer de collaborer à son œuvre. Mais il existe aussi des voix séductrices et trompeuses qui, à l'instar de celle du serpent, proposent un bonheur éphémère, une satisfaction immédiate voire la mort.

  

Pendant les élections, nous constatons souvent la pratique à outrance de la démagogie. Les démagogues sont des marchands d'illusions : ils promettent ce qu'ils ne pourront jamais réaliser. Ils veulent séduire pour atteindre leur fin. Aux démagogues s'adjoint une autre espèce de séducteurs, ceux qui s'évertuent à acheter le suffrage à l'aide de l'argent ou du matériel.

J'exhorte le peuple centrafricain à discerner, en toute maturité, parmi toutes les voix, celles qui désirent son épanouissement intégral. Je prie les candidats et leurs messagers d'être comme l'Ange Gabriel porteurs de messages de paix et de réconciliation, de projets de développement réalistes pour l'intérêt commun, au lieu de jouer le jeu du serpent tentateur dont le message a conduit à la chute.

Le troisième enseignement touche à l'humilité de la Vierge Marie. Son fiat ne découle pas du fait qu'elle se sente privilégiée ou qu'elle ne pense qu'à son avenir. Marie est avant tout sensible au sort de l'humanité. Elle accepte de porter le Sauveur du monde. En sa faveur, Jésus dira indirectement que ne peut être sa mère, son père ou son frère que celui ou celle qui écoute et fait la volonté de son Père qui est aux cieux (cf. Mt 12, 50).

Frères et sœurs,

Le projet que Dieu propose à Marie est universel. Il n'est pas destiné seulement à une seule personne, une seule famille, un seul clan, une seule ethnie, un seul peuple mais à tous ses enfants de toutes les nationalités et de toutes les appartenances politiques et religieuses. Quelle est l'extension des projets sociaux que nous portons sincèrement dans nos pensées, nous qui voulons être choisis par le peuple ? Le service que nous voulons exercer concernera-t-il tout le Centrafrique ? Vise-t-il toute la circonscription ? Exclura-t-il des régions, des ethnies, des peuples ?

Demandons au Seigneur, par l'intercession de la Vierge Marie, Notre Dame de l'Oubangui, de nous inspirer d'opérer de bons choix. Qu'il éclaire et comble de sagesse notre peuple ainsi que tous les candidats aux différents postes. Qu'il nous inspire aussi le sens de l'accueil pacifique de l'issue du scrutin.

Puisse la Sainte Vierge nous prendre dans ses bras, dans son cœur grand comme le monde afin de nous protéger du coronavirus. Qu'à sa prière humble et fidèle, l'Esprit Saint augmente en nous la foi, l'espérance et la charité et nous fasse marcher résolument vers la fête de Noël. Amen !

Sanctuaire marial de Ngoukomba, 5 décembre 2020.

S.E. Dieudonné Cardinal NZAPALAINGA, C.S.Sp
Archevêque métropolitain de Bangui

@PCRC-CellCom - Père Gaston ADJORA (décryptage du message)

Publié par le PCRC