Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique - PCRC
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  Nouvelle / Emission

23/05/2018 - Bangui

La cohésion sociale est encore possible en Centrafrique


Clarisse Martiale Manehou est membre de la coordination des femmes de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique. Au lendemain des actes terroristes survenus à la paroisse Notre-Dame-de-Fatima, elle a fait partie des personnes qui ont accepté de donner leur lecture de cet évènement. Sans hésitation, elle a répondu à nos questions. Surtout, elle a donné sa compréhension des déclarations faites par les leaders de la PCRC suite au drame de Fatima.

PCRC-CellCom - Mme Clarisse Martial Manehou, que vous inspirent les déclarations des leaders de la PCRC à propos de l’attentat du 1er mai 2018 à la paroisse Notre-Dame-de-Fatima ?

Clarisse - C’est un événement qui a bouleversé tout le monde. Étant donné que les leaders étaient en voyage, ils ont demandé à tous de rester calme et d’attendre leur retour. Et lorsqu’ils sont rentrés au pays, ils ont commencé à donner des messages de paix au peuple centrafricain.

Je retiens de ces messages tout d’abord que les leaders religieux ont manifesté leur consternation devant le drame qu’ont vécu les victimes et leurs familles, ainsi que tout le peuple centrafricain. Ensuite, ils ont condamné ces actes et ont demandé aux autorités centrafricaines et à la MINUSCA de prendre leurs responsabilités, d’agir pour sauver la République centrafricaine de ce qu’elle est en train de vivre et d’accompagner les Centrafricains pour qu’ils prennent leurs responsabilités et agissent afin que notre pays retrouve la paix. Les leaders religieux ont aussi estimé que les Centrafricains de tout bord doivent se lever pour dénoncer, condamner et barrer la route à ces actes de violence qui continuent de se produire en République centrafricaine. Quand ils ont demandé à la population de se lever, je pense qu’ils ont raison, parce qu’il y a dans notre société, beaucoup de personnes qui savent bien ce qui se passe. Mais ils n’en parlent pas. Ils ne dénoncent pas. Je suis une femme. Si j’ai mon enfant qui porte une arme aujourd’hui, j’ai cette obligation de lui demander d’arrêter. De même, si mon mari opte pour les armes, je dois l’en dissuader, parce que nous sommes des Centrafricains et nous ne devons pas aider ceux qui veulent la partition de la République centrafricaine.

Les leaders de la PCRC ont conseillé aux Centrafricains de se maitriser pour éviter le chaos, éviter que nos enfants ne se laissent emporter par la haine, par la colère, par l’esprit de la division, de la vengeance et du cycle des représailles. À partir de ce qui est arrivé à la paroisse Notre-Dame-de-Fatima, les gens ont commencé à comprendre qu’il y a de la manipulation. En 2013, lorsque les Séléka sont entrés dans la ville de Bangui, ils ont tout détruit. Par la suite, le 5 décembre 2013, les Balaka se sont manifestés par esprit de vengeance et nous avons vu la destruction que cela a engendrée : des villages incendiés, des maisons brulées et détruites, des quartiers entiers rasés. Si, après le 1er mai, les Centrafricains étaient descendus dans la rue pour tout détruire, on aurait été dans un chaos indescriptible. Il ne faut pas replonger dans les horreurs du passé. Et quand les leaders demandent aux croyants de garder la foi, de rester calme et de prier, c’est parce qu’ils savent que Dieu est au commencement et à la fin de toutes choses. Le problème, c’est que généralement, nous qui sommes des croyants nous voulons agir à la place de Dieu, alors que nous devons le laisser agir quand il veut.

C’est vrai qu’à un certain moment, on était dans une sorte de débordement. Mais très rapidement, la maitrise de soi a prévalu et le mal ne s’est pas étendu à d’autres quartiers comme ce fut le cas en 2013.

PCRC-CellCom - Que faut-il faire pour mettre un terme à ces actes de violence extrême qui tendent à détruire la société centrafricaine ?

Clarisse - Je crois que nos enfants ont besoin de plus d’éducation. Ils grandissent sans éducation et parfois même certains parents sont pires que leurs propres enfants. On apprend aux enfants la vengeance. On apprend aux enfants à ne pas se maitriser devant un problème ou un danger. S’il nous arrive quelque chose au lieu de se maitriser devant les enfants, nous nous livrons à des actes inciviques que les enfants voient et qu’ils reproduisent à leur tour. Nous les adultes, nous avons aussi besoin d’éducation. Nous vivons en société. Mais lorsqu’on vit dans une société et qu’on croit être seul à avoir raison, on pense que notre volonté doit être acceptée par les autres. Ce n’est pas normal. Nous vivons dans une société où chacun à son avis et ses problèmes. Mais si tu ne veux pas que j’extériorise mon problème et qu’il n’y a que toi que je dois écouter, alors le conflit peut éclater. Il faut qu’on se comprenne. Pour que les enfants demain deviennent des responsables, pour que l’avenir de la RCA soit prospère et digne, tout le monde doit accepter et pratiquer une bonne éducation à la base.

Notre pays, comme a dit le cardinal, a connu des mutineries, des rébellions, des coups d’État, etc. Ce sont des actes de violence et nous avons contribué à la création de toutes ces violences. Aussi, à force de les subir, nous nous en sommes accommodés. Vivre dans ces conditions n’est plus acceptable. Nos enfants y ont grandi. Eux aussi, ils les trouvent normales et sont tentés de les perpétuer. Si vous voyez bien, ce sont les enfants qui ont vécu la mutinerie de 2003 qui sont devenus les acteurs de la rébellion actuelle. Observez l’évolution de leur âge. Il n’y a rien d’étonnant dans ce que nous subissons aujourd’hui, surtout avec les rébellions de l’année 2013. Il faut qu’on le dise, si nous voulons que la paix revienne en RCA.

PCRC-CellCom - Vous avez parlé de détraumatiser le citoyen centrafricain. Existe-t-il des structures adéquates pour prendre en charge les traumatisés de la Centrafrique ?

Clarisse - Je ne crois pas qu’il y ait une structure spécifique dans ce sens. Nous n’avons qu’un seul centre psychiatrique ici à Bangui pour toute la RCA et avec combien de médecins psychiatres ?! Mais nous avons certaines structures comme la PCRC qui commence à former des gens pour les mettre au service du pays. Ceux-ci sont des formateurs des formateurs en guérison du traumatisme. On les appelle les compagnons de guérison ; mais eux non plus ne sont pas nombreux. Nous n’avons qu’une vingtaine de formateurs à Bangui. Et, même pour cette seule ville, ils ne sont pas suffisants. Nous demandons à la PCRC de vulgariser la formation des formateurs dans ce domaine et dans toute la RCA, pour la prise en charge des personnes traumatisées.

PCRC-CellCom - Comment peut-on les trouver ?

Clarisse - On peut les trouver grâce au CIPP qui est un partenaire de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique, puisque c’est le CIPP qui forme ces compagnons de guérison. On peut aussi directement s’adresser à la PCRC.

PCRC-CellCom -   Selon vous, la cohésion sociale est-elle en danger en République centrafricaine ?

Clarisse - Je pense que la cohésion sociale est très menacée, parce que depuis les événements du 1er mai 2018, certaines personnes déclarent ouvertement ceci : “votre histoire de cohésion sociale là, on n’en veut plus.” La cohésion sociale n’est pas seulement une pensée, mais un comportement. Certaines gens parlent de cohésion sociale, c’est comme si c’est uniquement une affaire des chrétiens et des musulmans, alors que c’est un problème qui concerne tout le monde. Mais avec tous les efforts des uns et des autres, je crois que la cohésion sociale sera restaurée.

PCRC-CellCom - Avez-vous des projets pour la relance de la sensibilisation des Centrafricains sur la nécessité du vivre-ensemble et de la cohésion sociale ?

Clarisse - Les activités que nous avons en vue, c’est la sensibilisation et la formation. Je crois qu’il faut reprendre la sensibilisation sur la cohésion sociale, sur le vivre-ensemble, sur la gestion des rumeurs ainsi que la gestion des traumatismes ; cette dernière est importante : en effet il faut aider ceux qui sont traumatisés en ce moment à comprendre comment ils en sont là et comment en sortir.

© PCRC-CellCom – Interview réalisée par Gérard Merlend Ouambou Guela

Publié par le PCRC