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  Nouvelle / Emission

06/08/2018 - Kaga-Bandoro

L'évêque de Kaga-Bandoro témoigne de la situation sécuritaire dans son diocèse


Le dimanche 8 juillet 2018 a eu lieu à Sibut la clôture d’une retraite spirituelle des prêtres et des religieuses du diocèse de Kaga-Bandoro. A la sortie de la messe qu’il a célébrée pour l’occasion à la paroisse Sainte-Famille de Sibut, l’évêque de Kaga-Bandoro a présenté l’état de santé de son diocèse. Surtout, il a parlé de la sécurité dans la Nana-Gribizi. Monseigneur Tadeusz Kusy a dénoncé le comportement de la MINUSCA qui, nous a-t-il dit, ne favorise pas le retour de la paix ni de la cohésion sociale dans son diocèse.

L’impression qui se dégage des propos de l’évêque de Kaga-Bandoro est qu’il estime que sa région semble être oubliée par les autorités du pays. Depuis quelques mois, la situation dans le diocèse de Kaga-Bandoro qui regroupe Ndélé, Bamingui, Bandoro, Sibut, Ndombétté et Mbrès, est une véritable catastrophe, aussi bien au niveau de la population que dans les services de l’Église.

Bandoro

Dans la ville de Bandoro, plus de 15 000 habitants ont été chassés de leur quartier depuis plus de 4 ans (depuis février2014) par les Séléka. Ils se trouvent à deux ou trois kilomètres de la ville dans le camp des déplacés. Selon l’ordinaire du lieu, les activités de la MINUSCA ne sont pas ‘honnêtes’ : « Je dis honnêtes, parce que d’un coup, on propose des réunions pour la cohésion sociale (être ensemble), et c’est toujours des civils qui viennent à ces réunions. J’ai posé la question : ‘est-ce que nous avons des problèmes entre nous ?’ Le problème, ce sont les hommes en armes. Alors, on dit qu’ils sont là pour le vivre-ensemble. Je m’appuie sur les témoignages rendus. Les responsables qui s’occupent du service civil se proposent d’arranger les camps, d’ouvrir les marchés et pour donner des structures. Ils disent : ‘Vous pouvez rester ici, ça va rester le nouveau quartier de Kaga Bandoro’. Où est la vérité ? On veut que les communautés vivent ensemble dans des quartiers, mais en même temps, on prépare des structures, à 3 kilomètres, hors de leurs maisons, et on leur dit : ‘Vous pouvez rester là-bas !’ Alors où est la vérité ? Il n’y a pas de vérité dans ces programmes ! »

« Il faut avoir un regard plus large de ce qui se passe dans le monde. Il y a des camps des réfugiés. Nous pensons notamment aux Palestiniens. Et chez nous, à présent il y a les enfants et les adolescents qui ne savent vivre que dans les camps. Les enfants qui ont moins de 4 ans sont nés dans les camps et qui ne connaissent pas la vie normale dans une maison. Ils sont nés sous des bâches ou sur la paille. Est-ce qu’on pense à ceux-là ? Ce sont des enfants qui sont marqués par les stigmates de la vie, vivant dans une petite hutte. Ils sont nés là-bas et ne connaissent pas la vie normale d’une maison familiale, dans un quartier. »

Ndombetté

Récemment encore, il y a eu des situations aggravées que l’évêque de Kaga-Bandoro attribue à la MINUSCA. Les contingents burundais qui se trouvaient entre Bandoro et Ndombetté, à environ 10 km et qui faisaient le contrôle sur la route ont été retirés. Moins d’une semaine plus tard, alors il y a eu des rackets ainsi que des attaques de nuit : « Ça veut dire que les villages qui sont à Ndombetté ne sont pas tranquilles, parce que c’est libre. Maintenant les Pakistanais se sont enfoncés derrière leur fosse en terre, parce qu’ils ont creusé comme si on était à la troisième guerre mondiale. Ils laissent passer les gens armés en moto. »

Or, sur ce lieu, avant la venue de la MINUSCA, les Séléka avaient dressé leurs barrières, pour harceler les populations et pour faire payer des droits aux transporteurs.

Se rendant à l’Assemblée des Évêques organisée à Berbérati du 18 au 26 juin 2018, l’évêque de Kaga-Bandoro et son équipe ont été pris dans ce piège : « Ils nous ont dépassés en moto et nous ont attaqués à 30 kilomètres entre deux petits villages. Des personnes avec une seule kalachnikov nous ont menacés, même si nous étions un groupe de sept personnes… mais sans armes. ‘’On n’y peut rien’, m’a-t-il été dit ‘Nous pouvions peut-être essayer de les maitriser et de les arrêter ; mais cela veut dire que notre service et notre sortie seront fermés ; les autres vont réagir mal et nous pourrions être attaqués la nuit chez nous en signe de vengeance’.  Dans cette attaque, le diocèse a perdu les documents enregistrés dans l’ordinateur de l’économe du diocèse : toute la comptabilité et tout ce qui relève de la Caritas diocésaine. »

Ndélé-Bamingui

Dans la zone qui va de Ndélé à Kaga-Bandoro, en passant par le Bamingui, il y a des mouvements des Séléka et des mercenaires soudanais et tchadiens. Ils volent les véhicules et les motos. Mgr Tadeusz Kusy a confirmé avoir été contacté et on lui a conseillé de ne pas utiliser cette route à cause des éléments incontrôlés : « Ils m’ont dit : ‘Monseigneur ne pars pas ; à toi, ils ne vont pas faire du mal ; mais le véhicule, ils vont le prendre pour leur transport’. J’avais programmé, ajoute Mgr Kusy, un déplacement en décembre 2017 ; mais je n’ai pu le faire qu’au mois de mai 2018. »

Mbrès

Avant les derniers événements survenus aux Mbrès, l’évêque de Kaga-Bandoro y avait séjourné deux à trois jours. Il avait arpenté l’axe Kaga-Bandoro - Ndombétté-Mbrès. C’est la route officielle, celle qui était contrôlée par les éléments Balaka, mais en réalité, il s’agissait de groupes d'autodéfense des villages. Aucun véhicule ne passait plus par là. Les transporteurs ont été obligés de contourner par un autre chemin en remontant vers le carrefour appelé Azene, à quelques kilomètres au nord de Mbrès. La route qui passe par Ngrevaille est une ancienne piste, mais praticable. C’est un raccourci pour aller vers Bamingui et Ndélé. L’évêque de poursuivre : « Du 22 ou 23 juin 2018, à 4h du matin, les rebelles ont attaqué un village. Ils ont brulé les villages. Environ 400 maisons sont parties en fumée ! » Tout ce qu’on nous raconte quand on nous parle de paix, qu’est-ce que cela veut dire ? Mais où est cette paix ? Les familles ainsi dépourvues de leur maison sont parties vers le sud, sur l’axe Mala ; d’autres sont partis gonfler le camp des déplacés de Kaga Bandoro. J’ai des témoignages de Mala : là, les villageois ont fait des petits abris pour accueillir les déplacés de Mbrès ».

© PCRC-CellCom – Gérard Merlend Ouambou Guela

Publié par le PCRC