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  Nouvelle


31/07/2018 - Bangui

L'Hôpital communautaire de Bangui : une institution de santé qui inquiète les malades plus qu'elle ne les soigne ?

L’Hôpital communautaire de Bangui est l’une des grandes institutions sanitaires de la République centrafricaine. Il fut, pendant des années, une structure de référence. On y soignait avec professionnalisme et les patients s’y rendaient confiants, sans hésitation. Depuis quelque temps, cette structure sanitaire inspire la crainte et suscite la peur. L’attitude d’une partie du personnel soignant est source de désespoir pour les malades et leurs accompagnants. 

L’Hôpital communautaire de Bangui, autrefois, était un lieu d’assurance pour la guérison des malades. Aujourd’hui il semble s’être transformé en une sorte de pétaudière où des médecins et du personnel soignant imposent leur loi, au nez et à la barbe de leurs responsables administratifs qui restent, curieusement, silencieux face à des pratiques dangereuses pour la santé publique. Certains médias ont déjà largement fait écho des dérives qui se produisent quotidiennement dans cet hôpital très fréquenté. Mais les autorités semblent ne pas y accorder une attention particulière.

La perte de confiance des malades en de nombreuses formations sanitaires publiques, dont l’hôpital communautaire, pousse naturellement de nombreuses personnes dans le besoin, à s’orienter vers les structures privées. Là-bas au moins, on peut avoir la certitude d’être bien suivi. C’est le cas de Roger, un fonctionnaire, qui s’est vu obligé de se rendre dans une clinique privée pour se faire soigner : « L’hôpital, ou mieux la santé de nos jours, c’est de l’argent. Si tu n’en as pas, tu vas mourir à coup sûr. Je me retrouve aujourd’hui dans cette clinique privée où je dépense énormément au quotidien, simplement parce que les personnels soignants des hôpitaux publics ne font pas bien le suivi des malades. De surcroît, ils passent leurs heures de travail à faire du chantage aux malades et à ceux qui les accompagnent », déclare-t-il.

En plus de la mauvaise qualité de suivi des malades, certains bâtiments de l’hôpital communautaire sont dans un état de délabrement total. Les murs sont fissurés par endroits. Dans certaines chambres, on peut constater l’état de délabrement des bâtiments. Des circuits électriques sont laissés à l’air et dénudés au-dessus des malades. Même les accompagnants des malades sont obligés de rester debout tout le temps, faute de places adéquates pour les accueillir : « Nous sommes obligés de rester debout pour veiller sur notre malade, c’est vraiment déplorable », relate une dame dont le frère est hospitalisé.

Les responsables de l’hôpital communautaire ont souvent cherché à se cacher derrière le nombre pléthorique de patients qui les envahissent. Mais c’est un argument sans fondement en ce sens que, les années de recettes accumulées devraient servir pour l’investissement dans les équipements et la construction de nouvelles salles. En réalité, les bâtiments ne sont pas entretenus ; sinon comment expliquer ces fissures qui serpentent sur et entre les murs ? Et ce ne sont pas les seuls problèmes dans cet hôpital.

Loin d’être traités confortablement, les patients et leurs accompagnants doivent s’accommoder des humeurs et du bon vouloir de certains personnels soignants et médecins qui les traitent sans le moindre égard. De nombreux médecins intervenants dans cet hôpital pensent plutôt d’abord à leurs business plutôt qu’au rétablissement des malades. Ils ont littéralement instauré un système d’exploitation interne par la vente des médicaments qu’ils contrôlent à travers des circuits fermés.

La pratique est ici bien dépeinte ici par un homme dont la fille est restée trois semaines à l’Hôpital communautaire : « Les médecins vous donnent une ordonnance. Ils disent que certains médicaments sont avec eux, donc tu n’as qu’à donner l’argent. Et, quand vous amenez des médicaments d’ailleurs, ils en gardent certains qu’ils vont par la suite vendre à d’autres patients. Et si vous revendiquez ou si vous refusez d’acheter les médicaments près de leurs services, votre malade ne sera jamais correctement suivi. Au moindre problème, ils vont vous injurier, sans hésiter. Par contre, si vous payez les médicaments chez eux, l’entente s’installe immédiatement et votre malade fait l’objet d’attention particulière. C’est bien dommage que ceux qui sont censés sauver des vies se comportent de cette manière ».

Parfois les médecins de garde jouent au roi. Quand ils sont sollicités pour venir vérifier l’état d’un malade, suite à un constat fait par le parent de ce dernier, ils se croient obligés de prendre leur temps. Il faut les supplier. Souvent, ils répondent qu’ils arrivent et ne viennent pas, jusqu’à ce que l’accompagnant du malade reparte les rappeler, les supplier. L’accompagnant peut même faire la navette plusieurs fois, sans même savoir si ce médecin finira par se déplacer. Il arrive que des patients meurent, parce que le médecin n’a pas voulu se lever de son lit de garde.

Il va falloir que les autorités politiques prennent en main le dossier du fonctionnement des formations sanitaires qui constituent un maillon très important pour l’équilibre social et le vivre-ensemble dans la cité.

© PCRC-CellCom - Eustache Michael Mounzatela

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