Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique - PCRC
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  Nouvelle / Emission

29/06/2018 - Bangui

Déclaration de la CICA sur la situation actuelle en Centrafrique


En marge de la cérémonie marquant la clôture du mois de ramadan 2018, l'imam Omar Kobine Layama, président de la communauté islamique de Centrafrique (CICA) et leader de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique (PCRC),  a échangé avec les journalistes lors d'une conférence de presse organisée à la mairie du 7e arrondissement, le 15 juin dernier.

Il a aussi fait une déclaration au nom de la CICA sur la crise qui perdure en République centrafricaine.
Voici l'intégralité de cette déclaration.

Le mois de ramadan de cette année, du point de vue spirituel, s'est déroulé depuis le début jusqu'à la fin, comme toutes les autres années, car c'est un moment où tous les musulmans du monde entier accomplissent leur devoir envers le Seigneur en appliquant le verset 186 du chapitre 2 du Coran : « Ô les croyants ! Il vous est prescrit le jeûne tout comme cela a été prescrit à ceux qui vous ont précédés, peut être que vous craindrez Dieu. Et cette année, une fois de plus encore, a été consacrée à la recherche de la paix et le pardon. Qu'Allah exauce tous nos vœux, qu'il désarme nos cœurs, qu'il nous rende victorieux sur les ennemis de la paix.

Mais du point de vue temporel, nous avons traversé une période très pénible du fait de la dégradation de la situation sécuritaire dans certaines parties du pays, comme  vous le savez.

Depuis l'indépendance jusqu'à la dernière crise de 2012 qui perdure, la République centrafricaine a connu une cohabitation pacifique entre les différents clans, groupes ethniques, confessions religieuses … Même si d'aventure des incompréhensions et/ou conflits de quelques ordres que ce soient, paraissaient, mais on arrivait toujours à trouver un terrain d'entente. Cette cohabitation pacifique, en dépit des malentendus politiques antérieurs qui n'avaient rien à voir avec la religion, est mise à rude épreuve aujourd'hui après la prise du pouvoir par la coalition dite Seleka  le 24 mars 2013. Depuis lors, il s'est installé à travers tout le pays, un climat de haine vengeresse, de méchanceté et d'animosité entre les filles et les fils de Centrafrique avec toutes les conséquences qui s'en sont suivies.

 Les éléments de la Seleka s'en sont pris à tout le monde, chrétien ou musulman, à travers des actes de pillages, de vols, de viols, de braquages, d'enlèvements, de tortures, de meurtres et de tueries à grande échelle, endeuillant ainsi de nombreuses familles innocentes et laissant derrière des orphelins, des veuves et de nombreuses autres victimes parfois abandonnées à leur triste sort.

Cette situation a suscité une série de représailles à travers tout le pays avec l'avènement en décembre 2013 des milices appelées antibalaka qui, eux aussi, ont écumé tous les coins et recoins du pays, suite à l'abandon forcé du pourvoir par la coalition sellera.

Ceux-ci s'en sont pris aux musulmans sans distinction aucune, créant ainsi une psychose et un chaos total avec comme conséquence des dizaines de milliers de personnes massacrées, d'autres contraintes à l'exil, sinon obligées de se déplacer pour vivre, soit sur des sites ironiquement appelés Ledger soit dans des églises ou des mosquées.

Tous ces groupes armés (coalition sellera, antibalaka et autres), bien que soutenus par des bras cachés des hommes politiques, ont été assimilés à des mouvements religieux : musulmans pour les uns et chrétiens pour les autres.

Face à ce défi, la Communauté islamique de Centrafrique (CICA), une organisation culturelle, socio-économique et humanitaire chargée d'orienter et de parrainer toutes les activités des associations, groupements, organisations non gouvernementales islamiques sur toute l'étendue du territoire centrafricain, a adopté une position légaliste pour condamner vigoureusement toutes formes de violence et de violation des droits humains. Cela fut matérialisé par des prises de position avant, pendant et après la prise du pouvoir par la Seleka. D'ailleurs, c'est grâce à cette clairvoyance que la CICA va contribuer à la mise en place de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique (PCRC), bien avant la prise du pouvoir par la Seleka. Le rôle joué par la CICA est très capital entre autres ses contributions à démentir le caractère confessionnel de la crise en Centrafrique.

Des actions multiformes dans le but de restaurer et de renforcer la paix et le vivre ensemble ont été organisées soient par le Bureau exécutif national que j'ai l'honneur de présider, soit à travers les organes de base de la CICA, parmi lesquels le Conseil national islamique (CNI) qui regroupe tous les imams de Centrafrique, le Bureau national de la femme musulmane (BNFMCA), la Jeunesse islamique centrafricaine (JICA), l'Organisation des cadres et intellectuels centrafricains musulmans (OCICM), etc.

Les derniers événements survenus dans le pays notamment au PK5, à la paroisse Notre-Dame-de-Fatima, à Kaga Bandoro, à Bambari ou ailleurs, sont orchestrés par les mêmes ennemis de la paix dans le but non seulement d'achever leurs plans de faire disparaître la RCA de la carte, mais aussi, et surtout pour faire porter par les religieux, le chapeau d'une supposée guerre interconfessionnelle en République centrafricaine.

La communauté islamique centrafricaine aimerait faire la mise au point suivant :

  • La crise sécuritaire que traverse le pays a affecté tous les Centrafricains sans exception : chrétiens, musulmans, non croyants dont quelques exemples récents :
  • En mai 2017, l'imam de Bangassou fut assassiné par des hommes armés avec à ses côtés de nombreux croyants innocents ;
  • En octobre 2017, l'imam de Kembe avec de nombreux croyants fut massacré dans une mosquée ;
  • En février 2017, un pasteur fut froidement assassiné au PK5 à Bangui ;
  • En mars 2018, un abbé fut assassiné à Seko (Ouaka) avec des croyants ;
  • En mai 2018, un abbé a été assassiné avec des croyants au sein de la paroisse Notre-Dame-de-Fatima. Et la liste est très longue, très sombre.
  • De nombreux lieux de culte tant musulman que chrétien ont été soit vandalisés, soit pillés, incendiés ou complètement détruits. Ce qui prive bon nombre de fidèles musulmans et chrétiens d'accomplir leur devoir envers le Seigneur.
  • Le regret que la CICA exprime est le fait du traitement des informations de manière discriminatoire par les différents médias. Pourtant, la plupart des réseaux d'information dans le pays sont indépendants. Tous les musulmans ou presque sont confondus à certains groupes armés et pourtant la plupart n'ont de musulmans que leurs noms.

Exemples :

  • Si Mahamat commet une infraction, désignez-le en tant que Mahamat et non en tant que sujet musulman ;
  • Les habitants du PK5 dans le 3e arrondissement de la ville de Bangui ne sont pas que des musulmans pour que le professionnel des médias qualifie ce quartier « d'enclave musulmane ». Il y a par contre de nombreux musulmans qui vivent en dehors du PK5 et de nombreux non-musulmans y vivent ;
  • Il y a de nombreux musulmans victimes de bandes armées qui sévissent partout, mais dont on en parle très peu.
  • La CICA, par cette occasion, réitère son appel envers les groupes armés de tout bord de cesser de faire l'amalgame dans l'instrumentalisation de la violence en se faisant passer pour des défenseurs de la religion, car il n'y a que des serviteurs fidèles de Dieu qui peuvent faire des réclamations au nom de la religion.
  • La CICA attire l'attention des compatriotes de tout bord que certaines déclarations d'option parfois incendiaires faites sur les ondes à travers les micros en balade, des interviews et des émissions radiodiffusées contribuent à renforcer la position des ennemis de la paix qui cherchent des alibis qui leur permettent de continuer à soutenir leurs ambitions sordides.
  • La CICA interpelle les Forces de sécurité intérieure (FSI) a demeuré impartiales et à accomplir leur devoir de maintien de l'ordre public sans parti pris.
  • La CICA invite tous les responsables des institutions républicaines du pays, notamment les élus du peuple, les responsables des différents départements dans l'administration publique et privée, les journalistes et autres compatriotes à éviter de tomber dans le piège des ennemis du pays et d'user de la sagesse dans le traitement des informations et dans les communications, car nous sommes retombés encore très profondément dans la crise du fait des agendas cachés dont beaucoup d'entre nous ne connaissent ni les tenants ni les aboutissants.

La CICA remercie très sincèrement tous ceux qui œuvrent pour renforcer la paix et le vivre ensemble.

Oui, nous sommes condamnés à vivre ensemble.

Dieu n'a-t-il pas dit, dans le Coran chapitre 21 verset 92 : « En vérité, vous tous vous apparteniez à une seule communauté et Moi seul, je suis votre Seigneur, donc n'adorez que Moi ».

Bonne fête de Ramadan à tout le peuple centrafricain.

Que Dieu donne à nos gouvernants plus de sagesse ans l'accomplissement de la lourde responsabilité qui leur incombe.

Que Dieu bénisse la Centrafrique.

© PCRC-CellCom

Publié par le PCRC